La vinification des raisins biologiques n'étant pas définie dans le règlement communautaire régissant la transformation des produits biologiques, les viticulteurs biologiques ne peuvent qualifier leurs produits de "bio". Leurs pratiques spécifiques ne sont en outre pas reconnues. Un cahier des charges commun de vinification bio a été mis en place en France. Cependant les professionnels attendent également une évolution au niveau européen.
Représentant 2 % des surfaces viticoles et 4 à 5 % de la valeur nationale viticole selon la FNIVAB (Fédération interprofessionnelle des vins de l'agriculture biologique), le bio poursuit son chemin dans la viticulture. En 2002, 1 400 vignerons installés dans tous les vignobles français étaient notifiés en agriculture biologique et cultivaient 15 000 hectares de vignes, dont les 2/3 étaient certifiés bio. Un chiffre en hausse de 12 % par rapport à 2001.
Les surfaces cultivées en bio se sont ainsi nettement développées dans le sud de la France. Il existe aujourd'hui des vignobles conduits en agriculture biologique dans toutes les régions en AOC.
Charte vin bio
Toutefois la situation actuelle est encore loin d'être satisfaisante pour les viticulteurs engagés dans la production bio, qui ne peuvent apposer de logo « AB » sur leurs produits, contrairement à leurs homologues européens. La seule mention légale autorisée en France est "Vin issu de raisins de l'agriculture biologique". La vinification des raisins produits selon les préceptes de l'agriculture biologique n'est en effet pas définie dans l'annexe du règlement communautaire CE2092/91 régissant la transformation des produits biologiques. Un "vide" réglementaire que déplorent les viticulteurs biologiques, dont les pratiques vinicoles spécifiques et restrictives (réduction des doses de SO2, ingrédients bio, limitation des additifs) ne sont pas reconnues.
Résultat : beaucoup de contraintes mais peu de retombées positives au final.
Face à l'exclusion des vins du règlement bio européen, les vignerons bio se sont cependant organisés. Des cahiers des charges privés ont été créés, notamment par la fédération Nature et Progrès et par la marque de certification Déméter. Les producteurs bio ont ensuite commencé à travailler sur un cahier des charges de vinification commun, élaboré au niveau national avec l'appui de l'ITAB (institut technique de l'agriculture biologique) et de l'ITV. "La FNIVAB a décidé de transformer ce cahier des charges, dont l'homologation a été refusée par le ministère de l'Agriculture, en charte privée avec un projet de logo et de marque privés, explique Marie-Christine Monnier, de la FNIVAB.
La Direction du commerce et de la répression des fraudes est toutefois réticente et interdit l'utilisation de la mention "vin bio" car le vin est exclu du règlement 2092/91." La FNIVAB est chargée de promouvoir la "charte vin bio", établissant les règles de vinification, de conservation et de conditionnement pour la filière du vin bio.
Harmonisation européenne
Dans plusieurs pays producteurs d'Europe, des cahiers des charges privés de vinification bio ont également été mis en place. Et leurs applications donnent droit à l'utilisation de logos distinctifs, parfois associés au logo national bio et/ou au logo bio européen. La mention "organic wine" est aussi très répandue sur le marché anglo-saxon.
Mais la France reste un des seuls pays européens où l'apposition du logo AB national ou celle du logo bio européen est interdite pour les vins issus de l'agriculture bio.
Chaque pays traitant la question des vins biologiques différemment, le besoin d'une harmonisation européenne se fait sentir jour après jour pour établir une concurrence plus loyale entre producteurs et une information plus claire des consommateurs. "Le Parlement européen et la Commission, qui prépare un plan d'action pour l'agriculture biologique, sont favorables à une évolution du règlement, poursuit Marie-Christine Monnier. Notre objectif est de faire des propositions à la commission en 2004." Difficile ensuite d'imaginer un calendrier.
Pour la FNIVAB, il y a pourtant urgence. Seule une décision au niveau européen, donnant naissance à un socle commun et définitif, pourrait mettre fin à l'impasse dans laquelle se trouve actuellement la filière du vin bio français, dont les opérateurs sont parfois eux-mêmes partagés sur l'emploi autorisé ou non de tel ou tel produit dans le cahier des charges diffusé par la FNIVAB.
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